Alexandre Bordereau
Le grand torii d’Itsukushima généré par l’add-on, mi-rendu Cycles, mi-filaire

Lab · Add-on Blender · Architecture japonaise

Torii Generator

Des torii historiquement exacts, construits comme les construisent les charpentiers de sanctuaires. Dix-neuf types documentés, treize portails réels, des matériaux procéduraux qui vieillissent. Rien d’inventé.

Logiciel
Blender 4.5
Types
19
Portails réels
13
Version
0.4.2
Lecture
11 min

La plupart des torii qu’on trouve en 3D sont « un portail rouge ». Les vrais forment une famille de formes distinctes, avec des siècles de règles écrites : les manuels de charpente d’Edo donnent le diamètre des piliers en fraction de la portée, la saillie de la traverse, la ligne sur laquelle tombent les bouts de la poutre du haut. Un portail de Fushimi Inari n’est pas celui d’Ise, et aucun des deux ne ressemble aux torii de granit de Saga.

J’ai voulu un add-on Blender qui encode ces règles, avec une seule contrainte : uniquement des torii qui existent. Chaque type, chaque rapport et chaque couleur renvoie à une source. Ce qui n’est documenté nulle part devient un paramètre, marqué comme estimé.

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Rien d’inventé 典拠 · Tenkyo

Jour 1 · Recherche

Point de départ : zéro ligne de code, et une contrainte. Uniquement des torii qui existent.

La recherche est passée avant la moindre géométrie : le dictionnaire JAANUS, Wikipedia en japonais, des manuels de charpente d’Edo transcrits, un article de 2025 de l’Institut d’architecture du Japon qui compare trente-six de ces manuels (木割書), d’Edo et du Moyen Âge, et le rapport de conservation du grand torii d’Itsukushima.

Il en sort une fiche par type : section du kasagi, présence du shimaki, saillie du nuki, coins, bases, inclinaison des piliers, matériau. Et une table de proportions, chacune avec sa source.

19
Types historiques, du Shinmei au shime-bashira.
13
Portails réels, avec leurs cotes publiées.
0
Texture à télécharger : tout est procédural.
  1. 01

    Documenté

    Chaque valeur tirée d’une source est listée dans le preset, avec la source pour la vérifier.

  2. 02

    Estimé

    Ce qu’aucune source ne donne devient un paramètre réglable, signalé comme estimé dans le panneau.

  3. 03

    Contesté

    Quand les sources se contredisent (le shimaki de Kashima, les bouts du Hachiman, l’inclinaison d’Ise), la fiche le dit et suit la source principale.

  4. 04

    Abandonné

    Sans source, pas de feature. Chevilles visibles, mortier des torii en pierre, clous sur la couverture de cuivre : écartés.

La géométrie est un balayage de profils 2D le long de stations : une origine, un repère, une échelle, et un cisaillement pour les coupes obliques. Chaque sommet garde ses coordonnées dans la pièce, le long de la fibre et en travers. Les matériaux en auront besoin pour le grain du bois.

Dix premiers torii en gris, en rangée
Fig. 01Première passe, jour 1 : dix configurations en Workbench, avant la table des types.

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Les règles d’Edo 木割 · Kiwari

Jour 2 · Proportions

Un seul nombre, la portée entre les piliers. Tout le reste en découle.

J’ai réécrit le builder sur le kiwari des manuels d’Edo. Le diamètre des piliers vaut 0,11 fois la portée ; les linteaux se mesurent en multiples de ce diamètre ; le nuki dépasse d’un tiers de la portée ; les bouts du kasagi tombent sur une ligne qui monte depuis les bouts du nuki.

Changer la portée redimensionne correctement chaque pièce. Changer de type remplace les traits documentés de ce type. Chaque rapport reste un paramètre nommé, que l’on peut forcer.

KiwariLes proportions par défaut, S = portée
D        = 0,11 S, diamètre au pied           匠明
kasagi   = 0,40 D de haut, 1,0 D de large     新撰大匠雛形大全
shimaki  = 0,60 D de haut
nuki     = 0,80 D × 1/3 D, dessus à 1,0 S
saillie  = 1/3 S au-delà de l’axe du pilier   五間割
sori     = 0,2 D aux bouts
bouts    = pente 0,3 depuis le bas du nuki    襷墨
inclin.  = tête rentrée de 0,5 D (~2,6°)      半転び
Les dix-neuf types de torii en gris, sur quatre rangées
Fig. 02Les dix-neuf types à la même portée. Un solveur itère jusqu’à ce que la hauteur demandée et les lignes des bouts tombent d’accord.
TypeFamilleCe qui le distingueExemple
Shinmei 神明Shinmeikasagi rond et droit, pas de shimakisanctuaires Shinmei
Ise 伊勢Shinmeikasagi pentagonal, hinoki nupont Uji-bashi (2014)
Myōjin 明神Myōjinkasagi et shimaki courbes, nuki traversantMeiji Jingū
Inari 稲荷Myōjinanneau en tête de pilier, kasagi noirFushimi Inari
Ryōbu 両部Myōjinquatre poteaux de contreventementItsukushima
Sannō 山王Myōjinpignon sur le kasagiHiyoshi Taisha
Mihashira 三柱Spécialtrois portails sur un triangleKonoshima
Sept des dix-neuf types. Chaque fiche porte ses exemples réels et ses sources.
Faîte du Sannō aux chevrons coupés en ongletFaîte du Sannō aux chevrons croisésv2 · croisésv3 · onglet
Fig. 03Le faîte du Sannō. La v2 croisait les chevrons comme des 千木 : faux. La v3 les coupe en onglet sur l’axe, sous un court 烏頭.

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Bois, peinture, écorce 素材 · Sozai

Matériaux procéduraux

Aucune texture image. Tout est calculé dans des nœuds de shader, à partir de la géométrie.

Les matériaux lisent ce que le générateur écrit sur chaque sommet : sa position dans la pièce, une valeur aléatoire par pièce, plus tard l’ouverture des fentes. Le hinoki a donc de vrais cernes en 3D, calculés dans le repère de chaque pièce.

Première version : des lignes parallèles parfaites, un effet stratifié. Correction : le cœur du bois dérive le long de la fibre, et l’espacement des cernes varie. Figures en cathédrale sur les poutres sciées, grain droit sur les piliers tournés.

Le même torii au grain droitTorii de Meiji Jingū en hinoki aux figures en cathédrale sur les piliersMètresRelatif
Fig. 04Meiji Jingū, piliers de 1,2 m. L’excentrage du cœur était en mètres : des cathédrales sur les piliers. Un attribut de taille par sommet le rend relatif à la pièce, comme la dérive et l’ondulation des cernes.
Peinture écaillée en plaques le long de la fibrePeinture écaillée en taches rectangulairesv1v2
Fig. 05L’écaillage. v1 : des taches rectangulaires. v2 : le film se fracture en plaques allongées le long de la fibre, avec des craquelures fines et du bois grisé là où les plaques sont tombées. Aucun repeint n’a la même teinte.
v1v3v4v5

Raté : gris lisse, fissures en diagonale.

Fig. 06Quatre des cinq versions d’écorce du Kuroki, le torii en rondins. Les ratés restent dans le devlog.

{ "fr": "Formule", "en": "Formula" }Écorce v5
phase = arc / 3 cm + bruit(arc · 9, hauteur · 1,6) · 4   // le bruit s’étire le long du tronc
// + une seconde famille de sillons à 1,7 cm, mélangée à la première

Les masques de vieillissement sont partagés par tous les matériaux, du vermillon au granit : coulures de pluie, éclaboussures du sol, crasse dans les creux, mousse sur les faces abritées, et une ligne de marée avec algues et balanes pour les portails dans l’eau. Quatre réglages par objet les pilotent : âge, saleté, mousse, marée.

Le même torii vieilli, peinture écaillée, crasse et mousse au piedUn torii vermillon neuf sur du gravierNeufVieilli
Fig. 07Même portail, même lumière : âge, saleté et mousse à zéro, puis à 0,85, 0,8 et 0,55. Les matériaux lisent ces valeurs dans les propriétés de chaque objet : cent portails de Fushimi coûtent un seul matériau.

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Treize portails réels 鳥居 · Torii

Presets

Des portails qui existent, avec leurs cotes publiées. Le panneau dit ce qui est documenté et ce qui est estimé.

ItsukushimaMeiji JingūHeian JingūFushimi InariIseKashimaKehiKasugaYasukuniŌmiwaKonoshimaNonomiyaGyoen

1875 · Ryōbu, piliers en camphrier, 16,6 m.

Fig. 08Les treize presets, rendus par l’add-on sous la même lumière et avec le même cadrage relatif. De 2,85 m à 32,2 m de haut.

Itsukushima vient presque entièrement d’un rapport de conservation de 2011 : piliers en grume de camphrier, bouts peints à l’ocre jaune (黄土), toit d’écorce de cyprès sur le kasagi, et kasagi et shimaki construits en caissons remplis de gravier. Le toit a demandé deux versions : une planche mince d’abord, puis un vrai toit, avec son débord, ses planches de rive et son faîtage en cuivre.

Toit d’Itsukushima avec débord et faîtage en cuivreToit d’Itsukushima en planche mincev1v2
Fig. 09Le toit d’écorce de cyprès (檜皮葺) sur le kasagi d’Itsukushima, avant et après.

Les plaques sont celles du vrai portail : côté mer « 嚴嶋神社 », côté sanctuaire « 伊都岐島神社 », de la main du prince Arisugawa Taruhito en 1875, raccrochées en 2022 après la restauration (Chūgoku Shimbun).

La plaque 嚴嶋神社 en lettres dorées sur le torii vermillon
Fig. 10

Le texte de la plaque (神額) est un vrai maillage : un objet texte Blender converti, un caractère par ligne pour l’écriture verticale, dans la police Mincho du système, aux traits épaissis, en relief doré. La feuille d’or est posée en carrés de 109 mm, la taille traditionnelle de 3 寸 6 分, et s’use.

La v1 avait deux défauts. La plaque, plus haute que l’ouverture, s’enfonçait dans le shimaki et cachait le premier caractère. Et les coins du cadre étaient noirs : montants et traverses se chevauchaient, et la crasse s’accumulait dans ce que le shader prenait pour une cavité.

Le torii d’Itsukushima dans la mer, au soleil bas
Fig. 11Itsukushima dans la scène de prévisualisation de l’add-on, sol « eau » à 1,8 m. Le premier essai était rendu depuis sous la surface : la caméra, à hauteur d’œil, était sous l’eau.

Kasuga a demandé des photos. Les textes s’arrêtent aux seize planches de hinoki autour d’un noyau, cerclées de fer. Le reste, je l’ai relevé sur deux photos de Wikimedia Commons : quatre cerclages par pilier, deux anneaux de fer où l’on dresse les sakaki des fêtes, un kasagi entièrement gainé de tôle, des têtes de pilier coiffées de métal.

Les dimensions publiées ne concordent pas : 6,75 ou 7,75 m de haut, 5,2 m d’écartement selon des sites de voyage. Sur les photos de face, la hauteur vaut environ 1,5 fois l’écartement et 7 fois le diamètre. Ça colle avec 6,75 m et 98 cm, pas avec 5,2 m : l’écartement passe à 4,5 m, marqué comme estimé.

Torii de Kasuga aux proportions mesurées sur photoTorii de Kasuga aux linteaux trop épaisKiwariMesuré
Fig. 12Des piliers deux fois plus massifs que dans les manuels : calculés en multiples du diamètre, les linteaux devenaient énormes. Remesurés sur la photo, la tête des piliers servant d’étalon.
Un tunnel de quarante torii vermillon et noirs
Fig. 13Les rangées (千本鳥居) : nombre, espacement et désordre, comme les portails offerts se tiennent vraiment. Quarante portails de Fushimi, un seul objet, un seul jeu de matériaux.

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Les détails 細部 · Saibu

v0.4 · Gros plans

De près, un torii se lit à ses accidents : les fentes du bois, le cuivre, le papier plié.

Un pilier qui garde le cœur du tronc se rétracte en séchant environ deux fois plus autour des cernes qu’en travers. Il se fend forcément, et la physique donne la largeur totale des fentes.

Chaque fente est un sillon qui s’ouvre dans le profil du pilier, s’effile aux deux bouts, dérive un peu et suit la spirale du fil. Fermé, il est à plat sur la surface : le nombre de points ne change pas et le balayage marche tel quel.

{ "fr": "Formule", "en": "Formula" }Fentes de séchage (干割れ)
ouverture totale = (retrait tangentiel − retrait radial) × π D
                 ≈ 2 % × π D            // sugi ou hinoki séché à l’air
                 = 7,6 mm sur une grume de 120 mm
Fente aux lèvres usées et peinture déchiréeFente noire et nette sur un pilier vermillonv1v2
Fig. 14v1 : un trait noir, comme au feutre. Physiquement juste, 6 mm sur 10 cm de profondeur ne laissent pas entrer la lumière. Mais sur une photo, ce sont les lèvres qui rendent une fente lisible. v2 : lèvres usées, bois nu encrassé dedans, peinture déchirée le long.
3,4
Fentes par bout sur une pièce de sugi qui garde son cœur.
0,6
Sans le cœur. C’est pour ça qu’on débite les kasagi hors cœur.
13×
Moins de longueur fendue en tout : sous le millimètre, rien à modéliser.

Les ferrures (金具) ont suivi la même méthode, portail par portail. Ce que les sources confirment est modélisé ; ce qu’elles démentent est retiré, même quand c’était prévu.

  1. 01

    Kashima, 2014

    « 笠木、貫の上端と木口も銅板で葺き上げました » : le dessus et les bouts du kasagi et du nuki en cuivre. Un bout gainé reste sec, il ne se fend plus.

  2. 02

    Itsukushima

    Un soleil et une lune laqués et dorés sur les bouts du shimaki, d’après le rapport technique. L’office du tourisme les place sur le kasagi : le désaccord est noté dans le preset.

  3. 03

    Kehi

    Cuivre laqué noir sur le grand nuki (réparation de 1986–87) et quatre crêtes dorées en travers du shimaki, sur photo.

  4. 04

    Démenti

    Les tôliers fixent le cuivre par des pattes cachées et « ne montrent pas les clous ». Aucune source ne montre de cheville sur un torii. Les deux sont abandonnés.

Soleil doré bombé sur le bout du shimakiSoleil doré plat avec un moyeu, sur le bout du shimakiv1v2
Fig. 15Le soleil d’Itsukushima. v1, avec son moyeu, ressemblait à une rondelle de boulon. v2 est bombé comme un 日輪. Sa taille et son dessin sont estimés.

Dernier détail : les shide. La feuille est pliée en deux, divisée en quatre colonnes ; deux coupes descendent du haut, celle du milieu monte du bas, chacune sur les deux tiers. On tient la première colonne et on rabat chacune des suivantes vers soi.

En suivant ces plis un à un, la géométrie tombe d’elle-même : chaque pli fait descendre la suite d’un tiers. Chaque colonne est une bande de papier qui suit ses plis en 3D, et le washi translucide laisse deviner les couches dessous.

吉田流白川流伊勢流

Yoshida : chaque pli vers l’avant, un escalier plat.

Fig. 16Les trois écoles, d’après le 『神社有職故実』 et des pas-à-pas en photos.

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L’atelier 工房 · Kōbō

Méthode et rendu

Une règle, une boucle courte, et un mode de rendu pour montrer la structure.

Pour le devlog, j’ai ajouté un mode de rendu : le même plan rendu deux fois, puis assemblé. À gauche les vrais matériaux, à droite le torii en argile avec ses arêtes tracées par Freestyle, les deux fondus sur 30 % de la largeur. C’est ce mode qui ouvre cette page, la frontière en plus qui suit le pointeur.

La v1, en extérieur, ne marchait pas : l’argile sortait presque blanche au soleil, et un pilier à 64 côtés devenait une masse de lignes. La v2 passe en studio, sur un fond qui remonte en mur courbe.

Torii de pierre Hizen, mi-réel, mi-filaireFig. 17 · Hizen
Joints entre les tambours d’un pilier de pierreFig. 18 · [object Object]

Les torii en pierre sont faits de plusieurs pierres : piliers en tambours, linteaux en trois longueurs, bouts du nuki rapportés. Chaque pierre est balayée par les stations de la pièce entière, avec un léger chanfrein : la courbe reste continue, le joint se lit comme une gorge fine. La moitié filaire montre les coupes.

Tout se fait en headless, avec une boucle courte : chercher la source, coder, rendre, regarder le rendu. Chaque étape laisse une image numérotée dans le devlog, ratés compris. Soixante-neuf images en deux jours.

ShellRendus du devlog
blender -b -P tools/render_test.py -- out.png preset=ITSUKUSHIMA
blender -b -P tools/render_test.py -- out.png type=HIZEN studio=1 split=0.5 blend=0.3
  1. 01

    Sourcer

    Une feature commence par une recherche, pas par du code.

  2. 02

    Mesurer

    Quand le texte manque, une photo de face donne des rapports : la tête d’un pilier sert d’étalon.

  3. 03

    Renoncer

    Une quarantaine de recherches sur les joints des linteaux en bois, aucune source : rien n’est modélisé.

  4. 04

    Regarder

    Un défaut ancien saute aux yeux sur un nouveau preset : à Kasuga, la tête des piliers traversait le shimaki.

Animation : le torii d’Itsukushima tourne sur lui-même
Fig. 19Turntable du preset Itsukushima, v0.2.

La suite est écrite : une feuille de route de cinquante pistes, chacune adossée à une source. Les vrais pigments rouges, qui vieillissent chacun selon leur chimie ; les torii dans l’eau d’Hakone et du lac Biwa ; un soleil calculé depuis les coordonnées du sanctuaire ; la pluie, la neige ; une épure kiwari tracée dans la vue 3D. Toujours la même règle : rien d’inventé.

Projet
Personnel
Compatibilité
Blender 4.5 LTS · Cycles
Sources
JAANUS, manuels d’Edo, rapports de conservation, sites des sanctuaires
Licence
Propriétaire, tous droits réservés
  • Python
  • bpy
  • Nœuds de shader
  • Freestyle
  • Rendu headless